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DEMOCRATIE EN AFRIQUE : En finir avec le bétail électoral

mercredi 28 mars 2012

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Le second tour de l’élection présidentielle a fait un heureux au Sénégal : le citoyen. Entre le premier et le second tour, il a effectivement pris conscience de l’importance de son choix et du poids de son vote, pour autant que les règles du jeu démocratique soient respectées. Par ricochet, et comparativement à ce qui se passe ailleurs, bien des Africains se rendent compte que c’est en se mettant debout, en défendant ses droits, qu’on favorise l’avènement de la démocratie, qu’on en préserve les acquis et qu’on garantit l’avenir. En se précipitant pour féliciter celui qui fut son challenger après avoir été pendant des années l’un de ses dauphins, Me Abdoulaye Wade cherchait sans doute à s’aménager une porte de sortie honorable.

Il le sait, ses compatriotes, en dépit des rancœurs, sont un peuple tolérant et respectueux de la personne âgée. Mais, après tout le désastre connu sous son régime, il y a de quoi s’interroger. Assurément, il sera très difficile de faire passer par pertes et profits tous ces morts enregistrés comme jamais dans l’histoire du Sénégal. D’abord ceux du « Jola », ce navire qui a coulé, en emportant plus d’un millier de victimes. Ensuite, ceux des maquis casamançais parce que le célèbre « Gorgui » n’aura pas tenu parole, lui qui avouait pouvoir mettre fin, en cent jours (!), à cette guerre fratricide datant des années soixante ! Enfin, les assassinats politiques, les tortures, les chasses à l’homme et autres crimes commis sous sa gouvernance.

Il y a eu beaucoup d’abus et la justice va devoir suivre son cours pour qu’au Sénégal, on en finisse avec l’impunité qui a caractérisé le régime Wade sur tous les plans. Autant Wade et les siens ont sacrifié les institutions démocratiques sur l’autel de la mégalomanie et de la gabégie, autant la victoire de Macky Sall réhabilite la démocratie sénégalaise. En éjectant l’octogénaire devenu indélicat et encombrant, le peuple sénégalais a réellement fait preuve de maturité. Une prouesse de la part du citoyen qui, se sentant détenteur d’un pouvoir loin d’être virtuel, a profité du scrutin pour sanctionner la mal gouvernance.

C’est véritablement une fierté de voir vendeuses de beignets, vendeurs à la criée, ambulants de tous ordres, célébrer aujourd’hui à travers tout le Sénégal, la grande victoire des démunis et des gens vulnérables qui peuvent prendre sur eux, de faire ou de défaire un régime par la voie des urnes. Après Wade, ils n’hésiteront pas à démettre le nouveau président Sall, si ce dernier se métamorphose en bourreau plutôt qu’en démocrate accompli, avancent-ils. Ainsi donc, désormais, le travail d’éducation politique aidant, l’électeur outillé mais oublié prendra la liberté de se débarrasser de l’acteur politique inconséquent. On est assurément loin de ce qu’on a l’habitude de voir ailleurs sur le continent noir où sévit contre la démocratie, le spectacle navrant du bétail électoral lors des consultations. Si l’Afrique veut occuper pleinement la place qui est la sienne dans le concert des nations, il faut que ses dirigeants commencent à sortir de leur logique suicidaire qui ne fait pas de différence entre les citoyens de la République et des bêtes sauvages se bousculant dans les urnes pour voter. Au Sénégal d’aujourd’hui, il va autrement et c’est tout à son honneur.

N’entendons donc plus le vote des bêtes sauvages, dirions-nous, pour paraphraser l’écrivain ivoirien, Ahmadou Kourouma. La mise en garde est sans équivoque ! Il faut espérer néanmoins que chacun saura raison garder, afin d’éviter à ce pays ces crises qui, à terme, compromettent les acquis. En effet, le chantier de la restauration est immense, les attentes très grandes. Quel jeu la coalition jouera-t-elle ? Le marchandage des postes prendra-t-il en compte les réalités du terrain ? Une fois l’euphorie passée, saura-t-on accorder une période de grâce au nouveau chef de l’Etat afin qu’il s’organise pour remettre la machine de l’Etat en marche ? Quelles initiatives l’équipe Sall prendra-t-elle ? A quelles priorités accordera-t-elle ses premières faveurs ? Il appartiendra à Macky Sall de savoir exploiter les atouts à sa disposition : son passé de militant de base, ses expériences d’opposant, de député, de ministre, de chef de gouvernement et chef du parlement. Un capital inestimable susceptible d’être mis à profit pour réconcilier les Sénégalais avec leur histoire. Ce pays a besoin de panser rapidement ses blessures afin de relancer la démocratie qui en a pris un coup sérieux.

Dans cette optique, comment composer avec tous ces alliés du large rassemblement ? Nul n’ignore que l’opposition et la société civile ont joué un rôle éminent dans la victoire de Macky Sall. Le courage de l’opposition sénégalaise, la vigilance, de même que la combattivité de la société civile dans ce pays ont toujours forcé l’admiration dans les autres pays africains. S’il est vrai que les stratégies adoptées n’ont pas toujours convaincu, il reste qu’en unissant leurs forces, ces deux entités ont remporté bien des fois des victoires à rendre jaloux plus d’un à travers ce continent. Le rejet d’Abdoulaye Wade et le plébiscite de Macky Sall constituent justement le fruit de l’unité d’action qu’opposants et membres de la société civile ont su tisser au fil des ans. En constituant un large front contre l’adversaire commun, Me Abdoulaye Wade, ils se seront eux-mêmes rendu compte de la puissance de leur mouvement, autant que de l’espoir qu’il suscitait au sein du peuple sénégalais.

Ce mérite est extraordinaire et il doit être salué par les démocrates de tous pays. Cela, d’autant que le même scénario ne s’applique pas ailleurs de manière évidente. Ce qui vient de se passer au Sénégal confirme la nécessité de gouverner sur la base d’un respect scrupuleux des principes et des textes. A l’exemple des Sénégalais, partout en Afrique, les citoyens électeurs devront prendre leurs responsabilités. Trop, c’est trop ! Il faut cesser de jouer les dindons de la farce. Les acteurs politiques médiocres et irresponsables, les démagogues autant que les autocrates et les délinquants à col blanc ne peuvent continuellement prendre en otage la démocratie et ostraciser les peuples. La majorité silencieuse qui se compose de gens qui ont faim et soif, doit éviter de se faire passer pour du bétail électoral qu’on mobilise lors des campagnes politiques, mais qu’on oublie trop souvent lorsque vient l’heure des grandes décisions.

Adulé par ses compatriotes comme Barack Obama en son temps par les Américains, Macky Sall saura-t-il donner satisfaction aux Sénégalais toutes tendances confondues ? Comment celui qui se dit « président de tous les Sénégalais » fera-t-il pour répondre à leurs attentes si grandes et nombreuses ? Les mois et les années à venir nous le diront.

« Le Pays »



06/04/2012
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