Perles d'Afrique

Perles d'Afrique

Des femmes sur la route

 Elles sont là arrêtées dans leur progression le temps d’une rencontre, le temps d’un amour, le temps d’un enfantement. Prisonnière pour quelques mois de cette liberté qu’elles ont gagnée en partant sur la route de leur destinée, en quittant les chemins connus de leurs ainées, en soulevant la poussière des chemins subsahariens.

Femmes clandestines, femmes quittant l’ombre de leur humanité, l’ombre d’une vie depuis la naissance dessinée au creux des arbres millénaires de la pensée masculine : épouse et mère tu te contenteras de nous être soumise ; épouse et mère tu suivras les traces de tes ancêtres émasculées ; épouse et mère tu t’abandonneras entre des bras non désirés.

Femmes de courage elles se sont levées pour suivre l’appel, le murmure, la rumeur d’un avenir qui leur fait place. Pantalons de voyage et sacs à dos elles se risquent au chemin masculin de la vérité ; Y cherchant une nouvelle réalité où une place est offerte à leur créativité : créativité faite d’intuition, de légèreté, de pacifisme dans un monde de violence.

Et quand la vie bat en elle, quand les sourires se dessinent au creux de leur sein maternel, quand les formes humaines bougent et battent au rythme d’un nouveau cœur plus vite que le leur…la joie s’empare à nouveau d’elle et crie la raison d’un départ pour le bonheur. Qu’importe que l’homme qu’elle a choisi ne soit pas de son ethnie, ne soit parfois ni beau ni riche, pourvu qu’il soit gentil et source d’énergie.

La solitude ne sied pas aux femmes sur la route, aux femmes dans leur maison, aux femmes dans leur village. La solitude ne sied ni aux femmes ni aux hommes. Et les aléas d’un destin incertain renforce ce besoin d’amitié et de tendresse, ce besoin de partage, ce besoin de se donner et de recevoir, peut-être même de se recevoir.

Et puis, il arrive que l’homme soit enfermé pour défaut de papiers, ou pour en avoir trop multiplié !

Et la femme-mère reste seule ; et la vie en elle se débat dans cette nouvelle incertitude, perdant la voix mâle qui le sécurisait, qui les sécurisait et parfois les avait envoutés. Le tunnel s’assombrit, une lumière sur la route s’est éteinte, il faudra briller pour deux, il faudra briller pour trois.

Le travail nourrit son homme et la femme aussi. Plus de repos si elle veut faire un repas et donner au petit à naitre ce qui est nécessaire. La chaleur du Hammam ou les sols à laver, cirer, décrasser abiment bientôt le dos puis le ventre qui porte trop de tristesse, trop de tension, trop de doutes revenus sournoisement ; faux compagnon d’un passé pas si lointain.

Et bientôt les douleurs. Mais trop tôt pour laisser à la vie une chance, sa chance, celle que l’ont pense acquise quand le désir l’a fait naitre. Une chambre blanche carrelée accompagne l’espoir et tente d’offrir un peu de temps au temps. Des perfusions et des solutions que des blouses blanches offrent à l’avenir pour le consolider.

Pourtant il arrive que rien n’y fasse. L’effort a été trop intense et la solitude trop longue, la séparation aussi et le puzzle manque sa pièce. Un flot d’amertume rouge s’échappe du ventre rond. Quelques semaines,  quelques jours, quelques heures…paradis perdu. Ou paradis au bout de la route.

L’enfant à peine formé sort vivant de l’espace forgé au creux de sa mère, pour rejoindre l’étouffante chaleur d’une couveuse illuminée de bleu, lumière céleste déjà ? L’amour tient bon et l’attente du père semble différer le moment de la rencontre. Mais les larmes épuisent la femme dont la route semble s’être arrêtée. Une autre voie s’étale devant elle, une voie plus intérieure, relation divine qui met en lien l’humain et l’inconscient du petit homme qui lutte déjà sur le chemin de la migration de ses parents.

Les femmes sur la route doivent aussi parfois lutter contre un désir de mort, de mort pour ceux qu’elles aiment, une mort qui apaise les souffrances dont elles ne perçoivent que de petits signes au fond de leur cœur. Souffrances qui remontent du passé et de leur histoire qu’elles croyaient enterrée sur les routes de la clandestinité. Nuits de rêves et de cauchemars qui se mêlent aux journées épuisantes de l’attente, attente du père, attente de l’enfant qui n’en fini pas d’exister sous la lumière bleu.

Femmes sur la route…

Le petit Emmanuel est mort aujourd’hui

                                                              

Laurence , 13 janvier 2011 pour Odile et les soignants de la maternité de Mustapha, pour le petit Emmanuel et son papa, pour toutes les femmes qui vivent sur la route.



13/01/2011
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