Perles d'Afrique

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Emeutes à Alger et dans d'autres villes d'Algérie

Alger : les émeutes se propagent dans plusieurs quartiers !

(Abderrahmane SEMMAR, El Watan, 06.01.2011)

Un bureau de poste ravagé, une agence Djezzy saccagée, un grand Bazar attaqué, le climat qui règne depuis la nuit du mercredi à Bachdjerrah est digne d'un film de guerre !

En début de l'après-midi, des jeunes cagoulés et armés de projectiles dont l'envie d'en découdre est largement visible sur leurs visages s'organisent et s'attroupent au niveau du Lotissement "Michel" et du quartier "l'Appreval" à Kouba. 

C'est l'embrasement ! A Gué de Constantine, Bachdjerrah et Kouba, un climat de tension terrible caractérise de nombreux quartiers et cités populaires. La colère contre la cherté de la vie et la misère a fait sortir dans la rue depuis mercredi soir des centaines de jeunes exaspérés par leurs conditions sociales déplorables. 

De l'aveu même de plusieurs témoins oculaires, les affrontements avec les forces de l'ordre ont été d'une violence inouïe. Des bandes de voleurs ont su des lors comment profiter de la révolte à laquelle était livrée Bachdjerrah pour s'attaquer à des commerces et les dévaliser. Du bureau de la poste en passant par l'agence Djezzy et le grand Bazar "Hamza" situé au centre de Badjcherrah, les jeunes émeutiers n'ont reculé devant rien pour s'attaquer à tous les édifices.

Par la suite, des routes ont été bloquées à coup de pneus brûlés jusqu'à la rue Tripoli de Hussein Dey où pas moins de six entreprises, des bureaux d'études, des sociétés de sous-traitances et de vente de matériel industriel, ont été cambriolées et dévalisées vers les coups de 3 H du matin.

Débordés, les forces de police ont été prises pour cible de toutes part par des jeunes qui ont adopté durant toute la nuit la technique de la guérilla urbaine.  Et au rythme où vont les choses, rien ne laisse présager une quelconque amélioration d'ici la nuit de ce jeudi dans les quartiers chauds la banlieue est de la capitale.  

Le même scénario risque également de se produire dans les communes et quartiers de la banlieue ouest. Pour preuve, depuis le début de l'après-midi, à Dergana, El-Hamiz et Bordj El-Kiffan, des routes ont été bloquées par des jeunes émeutiers dans plusieurs quartiers de ces communes dont le ciel est, désormais, obscurci par le feu des pneus brûlés.

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Très vive tension à Bab El Oued : les jeunes promettent de déclencher

"une révolte contre la mal vie et le chômage"

(Abderrahmane SEMMAR, El Watan, 06.01.2011)

Après une nuit d'émeute et d'affrontements très violents avec les forces de l'ordre, une tension très vive a été constatée jeudi matin dans le quartier populaire de Bab El-Oued, devenu ces derniers temps un véritable bastion pour la protestation populaire. 

Jeudi matin à la célèbre place des Trois Horloges de Bab El-Oued, les policiers se font rares et les attroupements de jeunes occupent le pavé. Après une nuit agitée, les jeunes de Bab El-Oued n'ont, ce matin, qu'un seul mot d'ordre sur leurs lèvres : "ce soir, nous reviendrons dans les rues pour déclencher une révolte contre le chômage et la mal vie" ! Dans les coeurs et les esprit de ces jeunes, la colère continue à bouillonner même si la veille les forces anti-émeutes leur ont promis une répression exemplaire. 

"Plus rien ne va nous retenir cette fois-ci. La vie est devenue trop chère et la disette menace nos familles alors que les apparatchiks détournent des milliards et s'enrichissent sur notre dos. Nous ne voulons plus de cette vie de chien. Nous réclamons notre part aux richesses de ce pays", confient un groupe de jeunes qui habitent à Bab El-Oued dans des immeubles vétustes lesquels " risquent à tout de moment de s'effondrer" !

La misère, la cherté de la vie, le chômage et la précarité, tels sont les maux dont ces jeunes veulent se libérer pour écrire une nouvelle page de leur existence. Mais à cet appel de détresse, les pouvoirs publics ne semblent pas y prêter une oreille attentive. Des lors, les conséquences malheureuses ne se sont pas faites attendre. 

"Les majorité des jeunes du quartier ont été récupérés par le filet social dans le cadre du pré-emploi. Qu'ils soient diplômés ou non, ils ne touchent même pas dix mille dinars par mois. Comment voulez-vous qu'ils s'en sortent avec une paie aussi minable ? On leur a enlevé le droit de penser à l'avenir. La précarité a fini par les jeter dans les bras la violence et le pire peut arriver à présent", relève pour sa part aâmi Omar, un des vieux de la place des Trois Horloges qui s'attend lui aussi à de nouvelles violences pour cette nuit. 

Des violences que tout le monde craint dans le quartier. Et d'ailleurs, jeudi matin, de nombreux commerces sont restés fermés. Leurs gérants sont sur le qui-vive et guettent la moindre menace émanant de ces bandes de délinquants qui profitent des émeutes pour piller et tout casser sur leur passage.

De leur côté, les familles s'approvisionnent en produits de première nécessite pour garantir de quoi faire à manger au cas où les sorties deviennent très risquées ! A n'en point douter, après les émeutes de mercredi soir, plus rien ne sera comme avant à Bab El-Oued...    

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Émeutes en Algérie : prises de panique, les autorités multiplient les promesses !

(Abderrahmane SEMMAR, El Watan, 06.01.2011)

Les émeutes qui ont éclaté dans plusieurs villes en Algérie ont fait paniquer les autorités publiques. Celles-ci tentent tant bien que mal de contenir cette nouvelle vague de protesta qui a déferlé sur Oran, Alger, Blida, Dejlfa, Ouargla et d’autres régions du pays, en multipliant les promesses. 

 Et c’est le ministère du Commerce qui s’est attelé à cette besogne en assurant mercredi à la population que "les produits de large consommation resteront subventionnés par l'Etat". Le ministère du commerce promet même une promulgation rapide des textes d'application relatifs à la loi sur la concurrence  et les pratiques commerciales à travers "le plafonnement des prix et la limitation  des marges de bénéfice des produits de large consommation", nous apprend également l'Agence Presse Service (APS).

  Selon celle-ci, le gouvernement accuse ouvertement les commerçants d’avoir fomenter cette soudaine et vertigineuse hausse des prix en "exagérant" les marges bénéficiaires. Et pour sanctionner ces commerçants véreux, les pouvoirs publics comptent modifier la durée de validité du registre  de commerce. Bientôt, cette durée sera portée à deux ans alors que jusqu'à présent la durée de validité  du registre de commerce était illimitée. 

Cette nouvelle mesure concernera, selon le ministère du commerce, les importations de matières premières, les  produits destinés à la vente en l'état, les commerces de gros et les commerces de détail pour les étrangers.  L'objectif fixé est d'assainir un secteur déjà fortement rongé par la spéculation et les pratiques frauduleuses. 

Cec dit, ces énièmes promesses ne risquent pas de ramener le calme dans le pays au vu de la détérioration continue du pouvoir d'achat des ménages. La mal vie et la précarité qui ne cessent de monter en puissance ont convaincu les Algériens, notamment les plus jeunes, que les dispositifs publics de contrôle des prix ne servent plus à grand chose.

Aujourd'hui, la société civile ne se contente plus des slogans qui annoncent des lendemains enchanteurs. Elle exige plus que jamais une justice sociale et une répartition équitable des richesses nationales. 

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La protestation gagne Oran

(Amel B., Le Soir d'Algérie, 6.01.2011)

«Vie chère, pas de logement décent, chômage, drogue et marginalisation», tels ont été les cris de colère de plusieurs dizaines de citoyens à travers plusieurs quartiers populaires de la ville d’Oran, qui sont sortis dans la rue hier dans un mouvement spontané pour crier leur désarroi face à la flambée des prix des produits alimentaires de large consommation.

Ces hausses subites, non justifiées, des prix des produits alimentaires de base ont créé un grand déséquilibre dans les budgets des ménages algériens. Pensant au début qu’il s’agissait d’une hausse passagère, les citoyens ont vite compris que cela risquait de durer longtemps. La tension était palpable en cette matinée du 5 janvier partout à Oran. On ne parlait que de la hausse des prix qui venait s’ajouter à un ras-le-bol qui touche bon nombre de secteurs. Au quartier Victor- Hugo, communément appelé Tirigou, plusieurs personnes se sont réunies pour manifester leur colère, en brûlant des pneus et usant de jets de pierre sous le regard des forces de police et antiémeute. Sur place, il était impossible de s’approcher du manège où des policiers quadrillaient les lieux pour éviter tout débordement, surtout lorsque des lycéens se sont joints à ce mouvement de contestation.

Approchés, des jeunes nous diront : «Oui, nous aussi, nous sommes concernés. Il n’y a pas que la cherté des produits alimentaires, notre quotidien n’évolue pas. Il n’existe pas de divertissements consacrés aux jeunes, à part les cybercafés et quelques aires de jeu que nous improvisons nous-mêmes, comment voulez-vous qu’on ne se drogue pas ?» Un père de famille nous interpelle : «J’ai entendu dire qu’un gars du ministère des Finances prévoyait une hausse pour toute cette année, si c’est vrai et il n’a pas dû le dire pour rien, ces gens qui nous gouvernent pensent-ils à nous simples citoyens ? Comment ferons-nous face avec un salaire qui n’évolue pas ? ». Autant de cris de colère et de ras-le-bol, exprimés au niveau de plusieurs autres quartiers El-Hamri, les Planteurs, Ras-El-Aïn où un début d’émeute avait déjà éclaté, lundi avant d’être vite maîtrisé par les forces de police, ou encore au niveau du quartier Taureau, Choupôt et bien d’autres, où on n’entend parler que de cette mal-vie, à laquelle s’ajoute la hausse des prix des produits de première nécessité. Au moment où nous tentions de regagner le centre-ville, nous avons été surpris par un mouvement de panique qui a éclaté en milieu d’après-midi.

Des gens courraient dans tous les sens, les commerçants s’empressaient de fermer leurs magasins et des voitures roulaient en sens inverse. La raison : l’on parle d’un début d’émeute qui allait gagner le centre-ville d’Oran. Tentant de nous frayer un chemin en passant par le front de mer, nous avons vite fait demi-tour fuyant les jets de pierre, lancés par quelques jeunes qui visaient le siège de la daïra, ces manifestants tentaient de rejoindre le centre-ville d’Oran en empruntant les ruelles. Une fois arrivé au centre-ville, les discussions allaient bon train sur les raisons de cette émeute justifiée et approuvée par bon nombre de citoyens. «La drogue envahit nos quartiers, on parle même de cocaïne maintenant ! Les expulsions de citoyens de leurs logements qui tombent en ruine sans être relogés, chômage, piston, corruption… Comment ne pas manifester, lorsqu’en plus de tout cela, on augmente les prix des produits de première nécessité ?». Mis à part une ambiance lourde, aucun signe d’émeute au niveau du centre-ville n’a été noté, mais vers 16h, une présence policière discrète prenait place à des endroits stratégiques.

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la flambée des prix suscite la colère de la population

(Djamila L., Liberté, 6.01.2011)

Pour les habitants, comme pour les manifestants, cette explosion de violence est le fruit du profond malaise social qui touche la population.

Y aurait-il un effet “boule de neige” suite aux émeutes qui se sont produites ce mardi à Tipasa et Alger, provoquées par des jeunes qui, dans la rue, ont ainsi exprimé le malaise social des Algériens ?
Tout porte à le croire car, hier après-midi, des protestations identiques ont également éclaté dans maints quartiers d’Oran, avant de s’étendre par la suite au centre-ville. Il était un peu plus de 14h au quartier populaire dit Petit-lac, lorsque des groupes de jeunes adolescents, dont certains, nous dit-on, étaient venus du quartier limitrophe d’El-Hamri, ont bloqué la principale avenue menant au complexe du manège municipal. Rapidement, la chaussée sera recouverte de pneus qui seront incendiés, de blocs de pierre et autres objets hétéroclites empêchant tous les véhicules de passer. À coups de pierres, les jeunes manifestants s’en prirent à certains automobilistes et au mobilier urbain.

Des fenêtres des immeubles de la cité “les retraités”, les habitants du quartier suivaient la scène alors que d’autres sortaient de chez eux. Très rapidement, les forces de police sont arrivées sur les lieux et, avec les brigades anti-émeutes, ont tôt fait de disperser les manifestants qui se réfugiaient dans le dédale des rues de Petit-lac.

Pour les habitants, tout comme ces manifestants dont l’âge de nombre d’entre eux ne dépasse pas les 20 ans, cette explosion de violence est le fruit du profond malaise social qui touche la population oranaise.

Les dernières augmentations des prix des produits de large consommation, l’annonce d’autres augmentations à venir, le chômage, la hogra, le logement… tout cela a provoqué aujourd’hui un ras-le-bol. “Trop, c’est trop ! tout est encore plus cher, on n’a pas de travail, ont vit à 15 dans des taudis délabrés et, à côté, vous avez une minorité qui jongle avec des milliards”, lâche un jeune. “Que dire du père de famille qui n’a qu’un salaire de misère ? Ou de la veuve d’un moudjahid qui vit dans un haouch qui tombe en ruines, et qui est infesté par les rats ?”, s’interroge Mohamed. Alors que les choses semblaient se calmer dans ce quartier, des informations faisaient état de manifestations identiques touchant plusieurs autres quartiers comme St-Pierre, le Plateau où des slogans hostiles sont lancés aux gouvernants.

En milieu d’après-midi, c’est le centre-ville d’Oran qui, à son tour, est touché par des manifestations provoquant un mouvement de panique chez les passants et les commerçants. Ces derniers se pressent et baissent leur rideau. En un laps de temps, les gens se mettent à courir de partout pour se mettre à l’abri ou rentrer chez eux. Les rues Larbi-Ben-M’hidi et Khemisti sont barricadées de pneus et de pierres.

Les véhicules, pris pour cibles, font demi-tour quand ils le peuvent. Par groupes de 10 ou 20, des jeunes vont ainsi s’emparer des rues et du centre-ville, certains vont se rendre au front-de-Mer et caillasser le siège de la daïra au moment même où le chef de daïra d’Oran se trouvait au quartier Petit-lac en compagnie du P/APC. En ville, des renforts de police importants sont mobilisés pour dévier la circulation, dans un premier temps, avant de faire face aux manifestants et aux barricades. À la rue Larbi-Ben-M’hidi, des bandes de contestataires se sont armés de barres de fer, de couteaux et de sabres et les agitent en direction des policiers. Discrètement, les emplacements stratégiques de la ville sont placés sous la protection renforcée des forces de l’ordre.

À l’heure où nous mettons sous presse, la sûreté de wilaya se refusait à nous donner le moindre bilan des arrestations et des blessés qui, nous dit-on de façon informelle, sont à dénombrer des deux côtés. En ville, le face-à-face entre des jeunes et les brigades anti-émeutes s’est poursuivi jusqu’à une heure tardive de la journée. Telle une traînée de poudre, l’annonce de ces manifestations aux quatre coins d’Oran a fait naître une tension extrême et provoquer même des mouvements de panique. Des parents affolés voulant récupérer leurs enfants de l’école quittaient leur lieu de travail précipitamment. Cela faisait plusieurs semaines qu’un climat tendu était perceptible dans les quartiers d’Oran, un climat qui touche, du reste, toute la société.



06/01/2011
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