Perles d'Afrique

Perles d'Afrique

la richesse dans nos plats! léger dans un monde lourd!

"Béton armé", "Afrique en danger"… décomplexons !

Aujourd'hui, vous verrez rapidement que le style de l'écriture a changé ! En effet, je vous propose tout simplement d'appréciéerla chronique du fou du quotidien burkinabè Le pays, dans son numéro du 11 Mars 2011. Le style a changé, mais vous y retrouverez un thème souvent traité ici. Nous en avons même fait le titre d'un film "Afrique en danger".


Pauvres plats burkinabè ! Non contents de vous dédaigner au profit des plats venus d’ailleurs, mes compatriotes vous donnent des qualificatifs vraiment indignes. Le célèbre "tô" est si méprisé qu’on arrive même à penser qu’il met "l’Afrique en danger", pendant qu’on estime que les délicieux et nutritifs "kansa", "souma", "benga" et "gonré" (1) ne sont ni plus ni moins que du "béton armé" !

Arrêtons ça ! Il est temps que nous témoignions du respect et de la considération pour nos mets locaux. Ton enfant reste ton enfant, même s’il est aussi bouché qu’un cochon ivre. Et d’ailleurs, nos mets ne sont pas si mal au point d’être si méprisés ! Le "kanzaga" est très délicieux et le "chitoumou" (2) bobolais est très nourrissant.

Ce n’est pas le ministère de la Santé qui dira le contraire, lui qui fait des publications sur les avantages nutritifs de nos mets locaux. Les Ivoiriens apprécient bien le "benga" quand ils nous rendent visite. Parlant d’Ivoiriens, en verrez-vous un seul qui pousserait un juron de dégoût si on lui chuchotait à l’oreille "garba" ou sauce graine ? Ou avez-vous déjà vu un Marocain dire safouroulayi à une assiette de couscous ? Je suis sûr que non ! Remarquez : je n’ai pas besoin d’aller à Rabat ou à Abidjan pour connaître l’existence de ces plats : ils sont au Burkina, sous notre nez ! Mais vous, vos plats-là, est-ce qu’on les connaît au Maroc, au Sénégal ou en Somalie ? Vous voyez sans doute au Burkina des restaurants où c’est écrit "ici, spécialités sénégalaises". Mais est-ce qu’ailleurs, pour ceux qui ont déjà voyagé, rencontrez-vous régulièrement un restaurant spécialisé qui propose du "babenda", du "sagabo" ou tout autre plat burkinabè ? Même s’il y en a, ils ne sont pas nombreux.

Tout ceci est simplement dû au fait que nous sommes bourrés de complexes quand il s’agit de nos propres plats. Je suis certain qu’ils sont nombreux les Burkinabè qui ont honte de dire qu’ils mangent du "benga" ou du "souma" à midi. Assurément, je verrai difficilement un Burkinabè, recevant la visite de son ami canadien, l’amener dans le restaurant "par terre" de Tantie Bonne Soupe au bord du boulevard Charles de Gaulle pour lui faire goûter ses mets. Ou bien, je ne suis pas certain qu’une personnalité de notre pays accepterait d’avoir du "gonré" sur sa table autour de laquelle sont assis des "môgô puissants".

Si vous n’aimez pas votre nourriture, comment voulez-vous alors la vendre à d’autres peuples ? C’est justement parce que nous avons honte de nos plats que nous ne créons pas de cadres qui pourront les valoriser. C’est vrai qu’il y a des concours, des festivals où nos mets sont mis en valeur. Mais c’est trop circonstanciel et c’est dans des cercles trop restreints. Y a-t-il de grands chefs cuisiniers de restaurants ou d’hôtels burkinabè qui proposent des mets du terroir dans leur menu à leurs clients ? Je ne pense pas que beaucoup de gens y ont songé. Pourtant, il faut que les maîtres de la cuisine commencent à bichonner, à soigner, à enrichir nos plats afin de les imposer. Il faut continuer le travail déjà abattu dans le domaine des boissons. Aujourd’hui, on sert du "bissap", du "yamacoudji" dans les grands hôtels et les grandes réceptions. Il faut que les intellectuels arrêtent de cracher (pardon) sur nos plats. Il faut qu’ils les valorisent. Pour commencer, aimons ce que nous mangeons. Soyons-en fiers. Ensuite, améliorons le design, la manière de présenter de notre "mangement" et quand un étranger vient ici, faisons-lui goûter à notre "babenda", notre "kansa". Vous n’avez toujours pas compris ? J’ai dit, décomplexons et consommons burkinabè, nom d’un "chitoumou" !

Le Fou

(1) "kansa", "souma", "benga" et "gonré" : respectivement, crêpe faite avec des haricots, poids de terre cuits, haricots bouillis, et gâteau de haricot.

(2) Kanzaga, chitoumou : respectivement, plat à base de feuilles d'oseilles, nom d'une chenille comestible.

Articles extraits du quotidien burkinabè le pays du vendredi 11 mars 2011 où vous trouverez de nombreux commentaires, souvent pertinents !



20/03/2011
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