le regard de Kady
Le regard de Kady
Dans un orphelinat de Mbour, au Sénégal,
Au milieu des cris joyeux d’enfants qui courent
et jouent alentour, elle reste sans mouvement.
Eux si petits, à peine savent-ils se tenir debout et déjà trottant d’une salle à l’autre : ballet de couches blanches sur des petites jambes noires ; Poursuite des « mamans » qui veulent les retenir.
La liberté de mouvement s’achète tout petit !
Elle immobile, le corps recroquevillé sur une histoire muette. Histoire d’un manque, d’une carence, d’un oubli.
Eux agitant leurs mains qui tentent de frapper les adultes qui manquent d’une attention personnelle. Difficile de porter la caresse vers toutes ces petites têtes en quête de tendresse.
Elle pliée sur le matelas qui remplace le lit, qui remplace les bras las de la porter, las de la soutenir, las de lui donner sa chair. Car de chair elle n’en a guère ! Tendons tendus sur des articulations qui ne fonctionnent plus. Os mêlés à la peau teintée d’un brun lumineux.
Eux affamés se ruant sur la cuillère, prêts à mordre celui ou celle qui s’avance trop de la gamelle ! Ou à jouer à la balle avec la bouillie qui les a rassasiés.
Elle de fausse-route en fausse vie, attend que les maigres protéines viennent reconstituer son passé perdu.
La main touche son petit torse sans spasme, sans bruit. Elle caresse les sillons de ses cotés et arrondit la présence étrangère. Petit à petit, le petit corps fond, se détend, s’apprivoise. Et quelle victoire quand la petite tête sans âge, perdue au bout d’un coup trop long, se tourne et se pose sur le genou tout proche ! Et la lumière de cette ébauche de sourire, de relation, d’amour peut-être.
Laurence, retourde Saly,février 2010
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