Perles d'Afrique

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par Jean François Debargue : "Agounia...de retour des camps"

Agounia
Un grand jardin de parcelles en damier fait un pied de nez au désert. Depuis trois générations une famille le cultive dans la daïra d’Agounia, à l’intérieur du camp de réfugiés Sahraouis d’El Ayoun.
Agounia, ton nom sonne comme une agonie. Enfants des nuages ne les poursuivant plus pour mener les troupeaux en transhumance, mais fuyant leur brulure de phosphore. Peuple ne traversant plus la surface du désert, mais la creusant en tombes où s’enterrer vivants pour échapper aux bombes et aux tirs, se mettant à creuser pour fabriquer des briques de toub pour s’abriter, la grattant pour pouvoir se nourrir, et la creusant, encore et encore en tombes où enterrer ses enfants, ne pouvant échapper à la mortelle absence de solution négociée.
Agounia, agonie silencieuse. Pendant que d’autres creusent ton pays, volent tes richesses naturelles, raclent tes fonds marins, enfouissent les Droits Humains au fond des geôles, trois générations cultivent les seules parcelles qu’on veut bien leur laisser. Celles d’une situation mise en jachère par l’ONU, d’une injustice comme autant d’adventices invasives tolérée par des pays coupables et complices, d’une assistance à la fois pérenne et déculpabilisante, et celle aride d’une négociation dont les semences seraient traitées pour être stériles.
Agounia, agonie n’en finissant pas. Et toujours aucun germe d’espoir. Pourtant cette année riche en évènements exceptionnels aurait du faire craqueler cette terre d’exil :
- Les inondations de novembre 2015 et d’Août 2016 offrant une fois de plus le choix d’un provisoire Sahraoui de toub ou de tente à consolider, ou bien d’un avenir algérianisé de parpaings.
-La mort du Président Sahraoui le 31 mai 2016 et quarante jours plus tard l’élection d’un nouveau Président à la fois combattant de la première heure et diplomate chevronné permettra t’elle de sortir de l’impasse ? « Chaque jour je me dis qu’aujourd’hui n’est pas un bon jour pour combattre et qu’il fallait combattre hier. Chaque jour », me disait un ami Sahraoui….
-Les provocations marocaines de chasser la Minurso, pour l’emploi de l’euphémisme « d’occupation », d’expulser à tour de bras, journalistes, avocats et défenseurs des Droits Humains, de transgresser le mur de leur honte dans la zone d’Alguergarat… Ces provocations n’ont jamais été aussi nombreuses et n’ont toujours pas entamé l’indifférence ou dérangé les intérêts de quelques « Etats voyoux ». Dans ce monde où la provocation et l’outrance mènent au pouvoir, la place des Sahraouis restera t’elle l’exil et la prison ? Agounia, agonie négociée. Malgré ces évènements inédits depuis un an, la terre n’a pas bougé, l’espoir ne germe pas. Cette part d’humanité légitime d’un pays viable, ces hommes en attente de justice ne sont ils destinés qu’à devenir part d’humus d’une terre d’exil désertique et définitive ? Agounia, c’est pourtant sous une de tes tentes que sans me connaitre on m’offre les seules richesses, une couverture pliée dans un coin, pour réchauffer corps et âme, du thé et du lait pour que je cesse de m’altérer. Je n’ai vécu cela que sous les tentes de réfugiés. Le « si peu » est offert sans délai et sans hésitation. « Celui que tu accueilles aujourd’hui, peut être t’abritera t’il ce soir ? » L’agonie , cette bataille perdue par le froid du coeur, par qui est elle vraiment livrée ? Jean-François Debargue,10 novembre 2016, Agounia.



14/11/2016
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