Perles d'Afrique

Perles d'Afrique

Parcours d'un migrant malade

Psaume 41(40)….  « Afrique lève-toi ! »

 

L’histoire de Benjamin est contemporaine de celle du 2ème Synode pour l’Afrique, Synode à portée universelle. Ce synode vient de s’achever sur un appel à une réaction de foi et d’humanité : « Afrique, lève-toi ! »

            Ps41     « Heureux qui pense au pauvre et au faible :

                        Au jour de malheur, le Seigneur le délivre ;

                        Le Seigneur le garde, il lui rend vie et bonheur sur terre :

Oh ! Ne le livre pas à l’appétit de ses ennemis !.... »

 

Afrique, continent qui ne se ressemble pas du nord au sud, de l’est à l’ouest, tant de disparités et cependant il existe une même tradition d’accueil du pauvre et du faible. Appelé aujourd’hui à élargir l’espace de la tente de ses valeurs souvent claniques.

 

Benjamin a quitté le pays où il est né (à la faveur de la migration de ses parents). Du Congo au Cameroun, ils cherchaient déjà une terre d’asile. Les lois changent, se mondialisent. Les passeports et les cartes d’identités biométriques sont imposés partout. Elles le laissent apatride : seuls les enfants de père et de mère autochtones peuvent acquérir une pièce d’identité.

Syndiqué, au détour de manifestation pour de meilleures conditions de travail dans l’usine qui l’emploie, il doit fuir les représailles. Il se retrouve en Algérie. Cette terre pas encore remise de ses sanglantes déchirures, devient sa terre d’accueil !

Toujours debout, mettant du cœur à l’ouvrage, il fait « son trou » dans ce nouveau pays. Les lois de l’accueil de l’étranger sont encore régies par la tradition. Pas de contrôle de police intempestif. Il est même en mesure de donner asile à d’autres migrants le temps que ceux-ci trouvent un abri. Ici l’hiver est dur. Les maisons de carton s’affaissent sous la pluie. Les vents du nord s’engouffrent entre les taules. Il ménage un peu de place dans son garage en béton pour accueillir l’autre étranger.

Dix ans de confiance et de labeur, d’accueil et de prière.

La maladie pourtant le rattrape sur les routes de l’exil.

Tuberculose.

Le diagnostique tombe tel un couperet ! D’où vient-elle ? La maladie vient toujours de quelque part. Surtout dans son pays natal. De ce lézard apparu dans sa pièce ? Il n’y a jamais eu de lézard dans ce coin de la ville ! De ces graines découvertes sous son matelas un jour de grand ménage ?

Ou de ce séjour en prison dans les « geôles d’Alger »*où l’humidité et la promiscuité sont plus dures que l’enfermement ? Son délit ? Un nouveau crime, décidé par les européens et ratifié par « les gens » de ce pays: sans papier !

Ou de l’histoire familiale restée sournoisement enkystée : une maman décédée de tuberculose, un frère et une sœur guéris de la même maladie ?

                        … « Le Seigneur le soutient sur son lit de douleur ;

                               Tu refais tout entière la couche où il languit »…

 

            Les trois premiers mois d’hospitalisation sont presque paradisiaques ! Finie l’angoisse de ne pas avoir la force de travailler, d’être rejeté du taudis qu’il a réussi à aménager correctement après son départ de l’abri de béton douteux, de ne pas trouver de quoi manger ! Enfin un peu de repos ! Il refait même ses forces et se bat bien contre le bacille ! La résistance au traitement est contrecarrée par une nouvelle offensive médicale qui semble lui réussir ! Bravo au corps soignant algérien !

            Il nous accueille dans le jardin. Nous lisons les journaux. Nous commentons l’actualité, la vie de migration, les conditions d’existence des réfugiés et demandeurs d’asile. Il vient d’être rejeté : dossier clos pour non présentation à l’entretien ! Lui, l’apatride se fait une demeure en ce lieu !

 

                           … « Moi, j’ai dit : « pitié pour moi Seigneur !

                          Guéris mon âme, car j’ai péché contre toi ! »

                           Parlant de moi, mes ennemis me malmènent

                          « Quand va-t-il mourir et son nom périr ? »…

Bien vite cependant, d’autres pathologies se greffent sur son corps fragilisé. En août, il est alité. Plus de sortie, ni de rencontre dans le jardin. Les visiteurs s’éloignent. Son médecin traitant est en vacances. Il perd l’appétit, s’amaigrit. Le Benjamin sportif n’est bientôt que l’ombre de lui-même. Le mois de Ramadan fait s’accélérer le processus : absence du personnel médical, repas insipides.

            Le cinquième mois d’hospitalisation est entamé. Les amis se font plus distants. Ils oublient, s’habituent à son absence, s’en accommodent. Dans son petit abri, quelqu’un à élu domicile.

                        … «  Vient-on me voir, on dit des paroles en l’air

Le cœur plein de malice, on déblatère au dehors.

Ensemble, tous ceux qui me haïssent chuchotent contre moi,

Ils m’imputent le malheur qui est sur moi :

« C’est une plaie d’enfer qui gagne en lui

Maintenant qu’il s’est couché, il n’aura plus de lever »

Même le confident sur qui je faisais fond

Et qui mangeait mon pain, se hausse à mes dépens. »…

Le téléphone continue  à sonner et donne des nouvelles de ces lieux insalubres où il était respecté comme un sage ; Ces lieux où s’entassent les nouveaux migrants de l’été : carcasses de maisons squattées, terrains boueux, abris sans eaux ni électricité, sans chauffage bien sur ! Fragiles refuges pour l’hiver à venir, où femmes et enfants se préparent à vivre dans l’oubli. Lui, il pense à eux, à elles.

            Sixième mois. Il garde le lit. A présent sans forces, il se réserve pour l’avenir.  Quelques maux sont guéris, mais les poumons résistent et l’œil aussi. Son médecin se bat avec lui, se bat contre les virus qu’elle ne voit pas mais devine. Les machines s’évertuent à scruter l’intérieur sans parvenir à arracher le lieu de la maladie. Les causes profondes remontent dans son cœur et dans ces mots : lézard, graines et microbes  créent un forum pour savoir qui l’emportera, pour savoir qui s’effacera.

            Celui qui gagne aujourd’hui, c’est le Seigneur. Benjamin me surprend : « Je n’ai pas la force de lire Laurence. Lis-moi le psaume 41. Je l’aime beaucoup. » La demande arrive sans prévenir et l’émotion accompagne les versets.

                        …  « Mais toi Seigneur, pitié pour moi.

                        Fais-moi lever, je les paierai de leur dû, ces gens.

                        Par là, je connaitrai que tu m’aimes,

Si l’ennemi ne lance plus contre moi son cri,

Et moi, que tu soutiens, je resterai indemne,

Tu m’auras à jamais établi devant ta face. »…

 

            Silence. La grâce dépasse les mots. La prière est communion. Le don est double.

 

                        … « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israél

                        Depuis toujours jusqu’à toujours. Amen, Amen. »         Psaume 41(40) de Benjamin

 

                                                                                                                             26 Octobre 2009  Laurence

(*voir le livre de Benchicou)



27/10/2009
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