Perles d'Afrique

Perles d'Afrique

petites nouvelles d'Alger

Petites nouvelles d’Alger

Chers amis, et chères amies, chère famille

Cette petite lettre, vous la devez à Adeline, ma petite cousine. Ses questions, pas inquiètes, mais légitimes sur la situation en Algérie et ses répercutions dans notre quotidien me disent que je vous dois quelques nouvelles. Il y a si longtemps que je ne me suis pas prêtée au jeu de la « newsletter » hormis dans le travail à Caritas, que je ne sais pas encore de quoi celle-ci sera faite. Alors accrochez vous ! Ça risque d’être un peu décousu, ou de secouer quelques uns, quelques unes.

Et puis, est-ce que je sais encore écrire… ?

Aujourd’hui, c’est le printemps sur Alger ! Au moins 26° à l‘ombre ! et un ciel azur, un soleil rieur, comme pour rappeler que l’Afrique c’est aussi cela ! une semaine plus tôt, la grêle, le vent et les trombes d’eau nous jetaient dans les griffes du virus H1N1 revenu a l’attaque en Algérie ! Pluie, boue, froid qui ravageaient les bidonvilles de la banlieue ; c’est aussi cela.

Alors, les préoccupations de ces gens étaient plus tournées vers la recherche d’abris et de pain que vers le sud et la prise d’otages.  Les deux habitaient mes pensées, mes espoirs, ma colère.

Si j’évoquais cette belle journée printanière, c’était aussi pour vous faire sentir que NOUS VIVONS. Nous vivons chaque jour avec les soucis de notre travail et non avec ceux de cette folie qui balaie notre monde. Car ce qui se joue au sud et au Sahel est très lié avec ce que le Nord impose sur les marcher internationaux. Ce sont des armes made in France ou d’ailleurs qui tuent ici ! C’est l’énergie des voitures, du chauffage, des ordinateurs du nord, qui vient d’ici…trop d’enjeux pour en faire une analyse simpliste. Alors je n’irai pas plus avant !

Je suis en Algérie depuis 4 ans et demi. Je viens de recevoir ma carte de séjour pour 10 ans. « L’Algérie-accueille » ! Petit à petit, je me suis détachée de l’extraordinaire expérience faite en Mauritanie : proximité avec la population, simplicité de vie, Eglise vraiment famille, pédiatrie, enfants de la rue. Il me reste encore des moments d’appel vers le désert…J’ai la chance que mon travail me donne des occasions de le rejoindre ici en Algérie.

Entre ces deux pays, je vous ai revu presque tous lors de mon engagement définitif dans la famille des sœurs missionnaires de Notre Dame d’Afrique, 2007. Déjà ! Ma mèche de cheveux gris s’étend. Je ne la cache pas. Je m’y habitue. Elle essaie de me donner un air de sagesse ; un défi !

L’Algérie. Pas facile au début pour moi de me retrouver dans ce pays qui respire encore un air de France : dans  la langue, le nom des rues, quelques héros de l’indépendance mêlés à ceux de l’Algérie, l’architecture de la Capitale où je vis (un Paris en blanc et bleu !), la littérature, le monde intellectuel entre deux cultures, arabe et française. J’ai du m’y faire et y voir une richesse plus qu’une réminiscence de colonialisme. Ce sont les amitiés algériennes qui m’y ont aidé, beaucoup moins complexées que moi. Aujourd’hui, je le sens comme une belle histoire à écrire ensemble au présent, avec nos richesses partagées. Je vous encourage à lire les auteurs Algériens. Vous découvrirez des talents fous !

Et puis, mon engagement professionnel : loin des services hospitaliers ou des dispensaires que j’ai connus au Burkina, au Yémen, au Tchad, en Tunisie ou en Mauritanie. Je reste infirmière, mais plus dans le coté relation d’aide, santé publique à travers la sensibilisation, les conseils, l’accompagnement des personnes en situation de migration, dans les différents hôpitaux d’Alger. Mes amies et connaissances Algériennes viennent presque toutes du milieu hospitalier. Mais serai-je encore capable de gérer un service comme infirmière ? J’en doute. Imaginez-moi davantage en petit chef de projet ! Car c’est ce que j’essaie d’être sur le programme migration de la Caritas Alger.

Après deux ans difficiles dans une association d’aide aux migrants (difficile de voir les personnes devenir de plus en plus dépendantes des services que nous leur rendions ! difficiles d’être témoin d’actions sans réflexion éthique, de gestes dégradants, humiliants envers ces personnes), j’ai rejoint la nouvelle équipe CARITAS ALGERIE. Le directeur m’a mise au défi de lancer le programme migration qui n’existait pas ! Défis de mon âge, 40/50 ans c’est le moment de se donner totalement sans crainte, de tout redonner à fond et de préparer les jeunes à la relève !

Après un an d’observation, de soins, de petites actions (un guide santé fait pas une petite équipe de migrantes, un festival de danse et de cuisines africaines réunissant algériens et subsahariens, l’accompagnement des malades et les visites dans les hôpitaux d’Alger), nous avons ouvert un centre d’écoute. Il a un an, et déjà beaucoup de questions sur la pertinence de telles actions si elles ne nourrissent pas une réflexion sur les causes de la migration, sur les enjeux des mouvements des populations du sud vers le nord, sur leurs opportunités aussi. A travers ce centre, nous permettrons à une poignée de personnes qui veulent une vie meilleure dés ici, de ce reconstruire (sans attendre l’Europe en faisant tout pour trouver de l’argent « facile »). Mais le plus grand nombre est intéressé à recevoir plus qu’à donner de lui-même en s’engageant dans une formation, dans une vie saine, dans l’entraide aux plus souffrants.

Notre Monde va dans ce sens : arriver à ses fins coute que coute et à n’importe quel prix. Les passeurs l’ont bien compris et ils s’enrichissent, laissant des corps et des cœurs meurtris derrière et devant eux.

Pourtant, comment ne pas comprendre ces personnes qui partent loin de leur terre confisquée pour des cultures à énergie bio qui partiront vers le nord ? Qui fuient les guerres pour le contrôle du Coltan qui alimente nos téléphones portable, ou du gaz et du pétrole ? Ou simplement comprendre ces jeunes qui veulent apprendre là où les écoles fonctionnent ? Comment ne pas comprendre le départ même si les attitudes au cours du voyage sont meurtrières, suicidaires ?

Alors oui, nous participons en équipe à la lutte pour un monde meilleur, un autre monde. Nous donnons notre petite part au plaidoyer en faveur de ce monde là.

J’ai la grande chance de vivre avec des sœurs qui comprennent notre désir et nos actions. Elles y prennent part aussi à travers les rendez-vous multiculturels, les visites aux malades subsahariens dans les hôpitaux. Nous sommes 4 et nous attendons la directrice de la bibliothèque qui est au rez-de-chaussée de notre maison. Une Suissesse, une canadienne, une congolaise et moi. La 5ème est Rwandaise ; Nous sommes bien internationales ! La maison est donc aussi tournée vers la jeunesse algérienne à travers la bibliothèque universitaire qu’elle abrite. Deux ne nos sœurs y travaillent déjà, remplaçant la future directrice qui maitrise l’arabe. Car la majorité des livres qui s’y trouvent sont de littérature arabe. Autant dire que je n’en profite pas. Je suis toujours aussi faible en langue ! Même si je n’ai pas la mienne dans la poche !

Donc pour revenir à la situation du pays. Les terroristes n’ont jamais quittés vraiment l’Algérie. Ils se réveillent de temps en temps dans les maquis. Pas un jour sans que les journaux n’évoquent soit un enlèvement en Kabylie, soit l’arrestation d’un terroriste. Mais cela fait presque partie du paysage, des faits divers, hélas ! La jeunesse se passionne plus pour le foot, que pour les grandes causes et les luttes contre l’injustice. Les richesses sont entre les mains de quelques uns, des Généraux. Le niveau des études baisse de façon inquiétante. Les jeunes quittent aussi leur pays. Et quelques uns rejoignent les barbus des montagnes ou les pickups du sahel. De plus en plus de femmes voilées, mais peut-être pas un signe d’intégrisme, plutôt afin de se protéger des hommes qui peuvent être absolument détestable dans la rue ! Heureusement ce n’est qu’une minorité.

Dans leur grande majorité les algériens et algériennes sont tout à fait charmants. Nous bénéficions ici d’un accueil très positif et du souvenir de toutes les sœurs qui ont enseigné, soigné de longues années durant. Il fait bon vivre en Algérie ! À condition d’avoir un toit, et du travail qui vous permette de gagner votre vie. C’est vrai partout.

                Je ne vous retiens pas pour une troisième page. J’ai un peu pitié. Je vous embrasse tous. Pensez au peuple algérien comme à un peuple frère, « normal » ! N’oubliez pas ceux et celles qui y sont retenus dans les camps de réfugiés sahraouis.                                                                        

 Laurence, 1/2/2013

               


02/02/2013
3 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 64 autres membres