Perles d'Afrique

Perles d'Afrique

Plage et Migration

18/9/14

J’ai mis du temps avant de poser sur la page blanche ce récit bleu-gris.

Aïn Taya, la plage, la mer, un jeudi pour éviter la foule du week-end, pour profiter de l’été encore un peu. Mais aussi pour tenter d’oublier qu’un pan de ma vie s’écroule au contact de la bêtise humaine. Ce « projet migrant » que nous avons tous soutenu survivra-t-il aux tempêtes des ténors de l’Eglise d’Algérie ?

Sur cette même plage, je revois Yannick, réfugié, aujourd’hui citoyen suédois, étudiant en droit, écrivain à ses heures perdues, heures gagnées. Je revois Michaël en fuite au Maroc parce qu’il n’a plus ici de certitudes, le centre d’écoute fermera-t-il ? Qui soutiendra les mineurs non accompagnés ? Qui dénoncera les passeurs ? Qui s’intéressera à dénoncer la traite humaine ? Ils s’inquiètent tous. Bien sûr que d’autres personnes arriveront et feront du bon travail. Mais ces incertitudes sont difficilement soutenables.

Nous avons joué aux raquettes et au foot sur ce sable doré. Une vingtaine de jeunes, Maliens, Guinéens, Algériens, Camerounais, Ivoiriens, Congolais, Centrafricains…et nous, Français, Brésiliens, Soudanais, Congolais, redistribuant plus équitablement les cartes de la chance dans ce monde…prétention !

Le directeur de Caritas Algérie ne renouvelle pas mon contrat. Pas de raison liée à mon travail. Pas de raisons claires. De vagues allusions à des différences de conception de la relation et de la communication qui me sont indirectement liées.

Je dérange.

L’équipe dérange.

La compassion et la raison dérangent.

La réflexion dérange.

La transparence dérange.

Cette mer bleue, turquoise, argentée avait bercé leur peau basanée, reçu leur rire, leur énergie. Elle s’apprête à les engloutir quelque part à des centaines de kilomètres d’ici. Pas si loin.

J’y plonge avec hargne, résignation et colère. L’injustice s’étend aux innocents. Les vagues brisent les rêves, comme les grillages en lames de Melila et Ceuta arrachent des lambeaux de chairs aux enfants partis étudier ou travailler, et des larmes aux mères restées au pays. Elles ne reverront pas le fruit de leurs entrailles. Plaies béantes ou la violence s’engouffre.

Ils jouaient au ballon. Ils voulaient aller à l’école, avoir leur MP3, et la musique de leurs idoles sur les oreilles, gros casque visible sur la tête. Des ados comme les autres.

Ceux qui passeront, chargés de traumatismes, n’éprouveront que haines et ressentiments pour ceux et celles qui, armés jusqu’aux dents, les auront poursuivis et chassés, combat contre une armée désarmée d’enfants porteurs de rêves…

Un contrat non renouvelé sans explication, et la peur les saisit. Ils sont partis parce qu’ici leurs certitudes, la présence secourante n’existent plus.

La mer s’agite. Entend-elle les sentiments qui m’animent, les maux que j’écris ? Alors que les mots, eux, sont si pauvres.

                                                                                                                                                             Laurence



29/09/2014
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